Une prière pour l’éveil   

Nous ne saisissons jamais d’emblée l’intégralité d’un événement tel qu’il se présente à nous de façon immédiate. Nous ne faisons que de construire une cohérence relative et subjectivée à partir de fragments plus ou moins visibles de se que nous entendons comme étant la réalité ; l’inconscient s’en contente et le conscient, paresseux, s’en satisfait.

Le tangible est assujetti au crible du point de vue de l’agent[1] qu’infléchit son état psychique. Ainsi, comme les bouleversements extérieurs du moment, visible et invisible interagissent au cœur de notre perception du monde. Les urgences existentielles et matérielles de nos quotidiennetés se bousculent et s’interpénètrent, elles accaparent nos esprits heurtés et addicts à l’air du temps comme à une drogue dure. Nos regards se tournent vers ce qui nous émeut, nous interpelle par affinités, sollicite notre sensibilité de sujet préprogrammé. Initialisés par notre éducation, nous sommes mus a priori par des déterminismes selon le sexe ou la classe sociale à laquelle nous appartenons, et où l’immuabilité dispute à l’accélération des mutations une stabilité possible de notre être au monde – une affirmation de soi authentique et pérenne. Le postulat paraît simpliste, pourtant cette mécanique interprétative, structuraliste au sens ou elle agence notre vision du dehors, agit en nous de façon binaire, reptilienne, par stimuli reflex quand les partis-pris et les nationalismes sont exacerbés, que notre pensée s’asphyxie parce que notre esprit est en apnée. Dès lors, ce que le sens commun définit comme la raison devient un concept creux. Il obéit à la mode, à la propagande sous toutes ses formes, au politiquement correct, à l’intelligence politique – l’art de tromper le plus grand nombre… Nous sommes des rats de laboratoire asservis au leurre des flux continus des images pleines de promesses empoisonnées. Elles impulsent des trajectoires plus ou moins provisoires à nos esprits avides et trajectés au travers le néant des temps contemporains vers toujours plus d’errance. Nous nous nourrissons de la vanité mortifère du monde, dociles nous participons à notre assujettissement. Nous nous complaisons dans la virtualité de nos existences. Elle sert de baume apaisant à nos âmes écorchées par la défaite grandissante de notre faculté d’aimer notre prochain. La société se disloque, perd de sa cohésion. La pourriture a depuis longtemps rongé son cœur, mais nous ne voulons voir que la surface peau de pêche de cette lèpre abyssale. La consommation est une nécessité impérieuse, voilà de quoi nous avons fini par nous convaincre. Elle est le carburant de l’extinction personnelle que l’on s’inflige. Elle forme un asservissement à la société du paraître, un truchement par lequel simultanément nous apparaissons et nous dissolvons dans des espace-temps mous sans réel contour, constitués d’émergences sémantiques désuètes et provisoires – à géométrie variable en quelque sorte –, algorithmiques, nébuleuses où le non-sens a la plus grande part. Leur décomposition est informe.

Philip K. Dick, soulignait déjà ce rapport a priori au réel dans son roman de science-fiction, Substance Mort : « Tout homme n’aperçoit qu’une parcelle infime de la Vérité, et bien souvent, sinon perpétuellement, il se leurre à dessein sur la nature de ce précieux fragment qu’il détient. Une part de lui-même se retourne contre lui et agit comme un autre sujet. Ainsi l’homme se défait-il de l’intérieur. »[2] Tant que le désordre et la folie ne gagne pas l’extériorité, la normalité est sauve.

En effet, par habitude, souvent pour nous rassurer, il est plus facile de nous laisser bercer par les illusions mortifères et insidieuses du consumérisme, puisqu’il nous désigne comme existant dès lors que nous consommons. Nous remplissons des vides affectifs par des possessions matérielles. Nous nous goinfrons de plein, mais nos esprits restent vides. Autrement dit, nous devenons le sujet de ce que vous voulons combattre en nous accolant à des groupes, à des appartenances factices. D’une certaine manière, nous existons par procuration.

À l’instar de Jack, le personnage de l’écrivain Chuck Palahniuk dans Fight Club, nous nous rendons prisonniers de ce que nous achetons pour endiguer les besoins pathogènes que des désirs existentiels creusent : « Ensuite, on se trouve pris au piège de son adorable nid d’amour, et les choses qu’on possédait, ce sont elles qui vous possèdent maintenant.»[3] Des produits de premières nécessités aux plus futiles, tout ce que nous détenons devient notre extension visible. Nous finissons par croire que sans elle, nous serions condamnés à l’invisibilité, d’ou notre condition névrotique d’apparaissant/disparaissant au fil des arrangements mercantiles avec le plan dit normalisé des apparences.

Voir au travers

Que reste-t-il vraiment de nous au sortir d’un écrasement ontologique[4] perpétuel où l’objet et l’algorithme omnipotents gouvernent sans partage nos existences dans un monde où l’argent est roi ?

Notre intuition nous commande de nous défaire du joug des apparences, de soupeser nos certitudes, de les mettre à l’épreuve de la contradiction pour prendre conscience de tout ce qu’elles occultent. Traversés de contradiction, empesés de nos addictions, l’effort nous paraît surhumain.

Nous exhibons nos silhouettes préfabriquées au regard de nos congénères. Ces paravents existentiels impudiques forment une première grille de lecture de ce que nous ne sommes pas. « Tu te mets un habit d’évêque et une mitre, tu vas te balader comme ça, et les gens commencent à se prosterner et à fléchir le genou, tout le cinéma ; ils essaient de baiser ton anneau et pourquoi pas ton cul, et hop, te voilà évêque. Qu’est-ce que l’identité ? Où finit la comédie ? Personne sait. »[5]

Hier nous avions l’impression d’être à l’abri, la guerre ne semblait ravager que des contrées aux contours imprécis,  au-delà de lointaines et vagues frontières. Aujourd’hui des soldats du grand Rien, des pauvres d’esprit improvisent leur guerre, bricolent à l’aveugle des attentats, tuent sans discernement des civils, une manière de rendre la monnaie de sa pièce à l’impie symbolique qu’est l’occident. L’irrationalité nous tient par la queue de nos âmes damnées et colporte l’effroi jusqu’à nos portes.   Nous avons exporté ailleurs nos conflits, et maintenant nous subissons leurs échos effroyables, les rebonds hystériques de l’histoire.  Nous prenons conscience dans la douleur, d’un désenchantement généralisé de plus en plus pesant, où l’extraordinaire éphémère, promis par les medias de masse, perd en continu ce qu’il drainait d’abêtissement merveilleux, de sa cosmétique aguicheuse, de sa crédibilité politique et de sa force d’attraction économique. Hypnotique.

En continue, l’horreur est mise à nu. L’argent a définitivement rendu la vie trop chère dans un monde qui se réduit comme une peau de chagrin. Une telle abstraction pèse plus lourd que nos existences réunies. Confit dans notre petit confort, de ce qui reste de nos petits privilèges, que nous craignons de perdre, comment pouvons continuer à expliquer à nos enfants que nous ne sommes responsables de rien !

Regardons notre civilisation en face, les Européens ont massacré le peuple amérindien, et ce compris le génocide des Mayas commis par les conquistadors espagnols ; le génocide arménien perpétré par les Turcs ottomans ; le peuple blanc a génocidé le peuple aborigène présent en Australie depuis des milliers d’années ; que dire du génocide rwandais ?… Nous avons fermé les yeux sur le génocide tibétain. Le génocide juif fut l’un des plus effroyables, l’industrialisation au service de la mort. Staline a exterminé son propre peuple, tout comme Mao dont le petit livre rouge était l’accessoire à la mode des beatniks petits bourgeois et autres hippies occidentaux dans les années psychédéliques 1960 et 70 – bien sûr il faut contextualiser… bien sûr… Le chemin tortueux de l’humanité est pavé de massacres sur lesquels pèsent trop de regards indulgents, et nous continuons de l’emprunter tels des zombies. Réveillons-nous !

Il nous faut toujours plus de superfétatoire pour nourrir nos cerveaux avides d’un réconfort transitoire. Quand nous manquons de moyens matériels, nous nous sentons persécuter, atteint dans notre chair. C’est une croyance comme une autre.

Ceux qui parlent au nom d’Allah promettent le confort occidental aux élus comme dans un clip musical de Snoop Dog au Swagg Man – autour de la piscine sous un soleil californien des salopes toutes vierges comme maman. L’aigreur, le dépit, l’humiliation, l’indigence intellectuelle conduisent au pire, et à croire que si l’on écoute de la soupe pour post-pubère attardé on se transformerait en animal, en singe, en chien, en cochon…

Entre déprime et jubilation pathologique, névrose maniacodépressive et schizophrénie pour tous, notre existence de bipolaire n’est jamais sevrée de ces molécules d’endorphine générées par l’impatience d’une nouvelle possession. Et ceux qui ne possèdent rien, habités par d’autres démons fourbissent leur haine comme leur arme pour tuer les mécréants : ces possédants-possédés du capitalisme qu’ils veulent inconsciemment devenir. Enfant de bourgeoise, de bonne mère, ou enfant de putain à chacun sa damnation.

Le désir libère la chimie du bonheur et c’est pourquoi il est établi que certains psychopathes éjaculent en tuant ; jouir de la possession fantasmée ou réelle nous fait sécréter des hormones qui trompent notre jugement. Elles nous font croire que la vie vaut la peine d’être vécue, car que serait la vie sans la jouissance. Dopamine, sérotonine, ocytocine… stimulent instantanément notre conscience de demeuré où un plaisir sans réalité repousse plus profondément les frontières de l’absence à soi. C’est au moment où échangeant notre vie fiduciaire – dématérialisée et convertie en ligne de crédit ou en papier monnaie –, contre un bonheur promis, que nous sommes frappés par le sentiment fugace de ne plus être.

L’Occidental moyen peut manquer de tout, vivre laborieusement de son R.S.A., mais tant qu’il a le dernier smartphone – le cordon ombilical numérique qui le relie au grand Tout merdique des pulsations libidinales et orgasmiques –, il est sauvé de la solitude, mais pas du néant.

Dans le fond, nous voulons être moins seuls, sortir de l’anonymat, attirer l’attention des autres afin qu’ils se reconnaissent en nous et nous aiment pour ce que nous ne sommes pas. Quoi de mal à cela ?

De ce point de vue, le roman de Richard Matheson, L’homme qui rétrécit, constitue une belle métaphore. Scott Carey se voit tous les jours rétrécir, disparaître un peu plus sous les yeux de sa femme Lou et de sa fille, Beth. Auparavant, animés par de grands projets d’avenir, ils avaient déménagé dans l’Est des États-Unis. Scott avait demandé un prêt en tant qu’ancien G.I., pour s’offrir le rêve américain et mettre sa petite famille à l’abri des déconvenues de la vie. Alors que son avenir se profilait sous les meilleurs auspices il se mit à rétrécir, seul face au vide angoissant, qui peu à peu l’engloutissait : « Il ne me reste plus rien, Lou, comprends-tu ? Rien. Tout ce qui m’attend, c’est la disparation dans le néant. À continuer comme ça, jour après jour, à me retrouver de plus en plus petit…  et de plus en plus seul. »[6]

T’es Terrien ou t’es rien ?

 

Il n’existe pas une planète pour chaque classe sociale, des lieux ex nihilo compartimentés et hermétiques pour les mieux lotis et d’autres pour les déshérités, de frontières infranchissables entre les pays prétendument riches et les pays pauvres que les premiers spolient. Le monde est poli-systémique, poreux à tous les étages. À perte de regard, il n’y a plus qu’une désolation de murs et de murailles – plus ou moins clinquants, plus ou moins hauts, plus ou moins défraîchis –, percés d’une infinité de portes de toute taille plus ou moins ouvertes.

Nous avons tous à craindre le grand Effondrement, parce que nous n’avons qu’une seule Maison ; il n’y a là aucune pièce pour se cacher. Le Collapse tant attendu arrive au loin comme une lame de fond dont la crête se perd par-delà les nuées. Il nous rendra tous égaux, comme le furent les sauriens préhistoriques devant leur propre Extinction. Enfin !

Nous sommes devenus ces dinosaures, à la différence près, et elle est de taille, que c’est nous qui avons fabriqué au nom du satané Progrès notre propre météorite, notre comète apocalyptique. Sa chute a déjà commencé. Elle est là omniprésente, incommensurable affirmée dans toutes ses extensions, au-dehors et sous la peau, dans l’air, dans l’eau, sur la terre, dans le feu, elle est virale, métastasique, numérique… Elle est à l’action dans chacune de nos cellules, agit dans nos gènes…  Notre Extinction est celle d’une Terre que nous nous sommes inventée de toute pièce ; tels des dieux minables et mortels, nous l’avons créé à notre image, égotique et monstrueuse. Cette idéelle est rentrée en collision avec son double puissant majestueux – infiniment plus puissant –, cosmologique et non cosmogonique, parce qu’il y a bien longtemps que nous avons rompu tout rapport avec le Cosmos, la Terre douée de supra intelligence que James Lovelock appela Gaïa. « Il se peut que la destinée de l’humanité soit d’être apprivoisée, de sorte que les forces féroces, destructrices et cupides du tribalisme et du nationalisme se fondent en un besoin compulsif d’appartenir à la communauté de toutes les créatures qui constituent Gaïa. D’aucuns verront dans cette évolution une soumission, mais je crois que les récompenses, se manifestant sous la forme d’un sentiment accru de bien-être et de plénitude, engendré par le fait de savoir que nous sommes une partie dynamique d’une entité beaucoup plus grande, compenseraient largement la perte de la liberté tribale. »[7] Voilà qui est positif, mais une telle philosophie a aussi son revers, car si la géosphère tend toujours vers l’autorégulation, notamment thermodynamique, elle peut basculer dans un état d’équilibre où de façon définitive notre espèce n’aura plus sa place. « Lorsqu’on prendra conscience que tout ne va pas pour le mieux et qu’on prendra des mesures correctives, la force d’inertie entraînera la situation vers un état encore plus désespéré avant qu’une amélioration tout aussi lente ne puisse intervenir. »[8] N’en doutez pas un seul instant, Gaïa va se soigner de notre espèce comme d’un micro-événement pathologique, un rhume bénin. Et nous comprenons, que notre situation est critique et pas si simple à expliquer. Il est plus facile de pointer l’autre du doigt que de vêtir les oripeaux peu reluisants de nos responsabilités ; le monde est majoritairement peuplé d’êtres irresponsables dans l’entendement desquels la mauvaise foi flirte avec la bonne conscience. Parce que ce n’est pas nous, qui abattons les animaux dans des conditions effroyables, mais c’est nous qui les mangeons. Ce n’est pas nous, qui extrayons le sang noir de la Terre, et forçons le cheminement du pétrole jusqu’aux abreuvoirs urbains pour nos machines assoiffées de carburant polluant.

À coup de poudre aux yeux, de mensonges, de stratégies géopolitiques assorties de tapis de bombes, de frappes plus ou moins chirurgicales sur des populations civiles, nous continuons de bâtir une civilisation en déclin sur des piliers de déchets et de mort. Avec la matière plastique, à chaque fois, nous en prenons pour quatre cent cinquante ans[9] ; comme les métaux lourds, nous retrouvons le polyéthylène dans nos assiettes, dans notre chair pour des siècles des siècles, Amen ! L’uranium 238 nous offre une éternité de 4,5 milliards d’années, et nous promet des mutations génétiques rapides… mais nous ne tiendrons pas jusque-là.

Ce n’est pas nous qui faisons tourner des centrales nucléaires, à charbon, qui fragmentons le sol avec des millions de mètres cube d’acide carbonique, sulfurique, nitrique… mais nous, qui du perchoir de notre mépris et de notre suffisance dilapidons l’énergie et l’eau, alors que la majorité de nos semblables crèvent de ne pas en avoir suffisamment. Les conséquences du réchauffement climatique restent globalement sans effet sur nos consciences anesthésiées, parce que nous avons des préoccupations économiques au combien plus importantes !

Nous allons nous prendre The Big One[10], l’ultime Collision. Terra va bouffer ses rejetons comme un gamin obèse son petit paquet de bonbons Haribo.

Réveillons-nous ! Wake up ! Lassen Sie uns aufwachen ! Vamos despertar ! Despertemos ! Svegliamoci dunque ! ons aangorden tot ! проснёмся ! בוא ! علينا أن نستيقظ حالاً !目覚まし時計 – mezamashi dokei !… Réveillons-nous ou mourrons !

Notre planète est devenue une poubelle et nous n’avons nulle part où la vider !

Chacun est libre de voir ou d’ignorer la situation critique où se trouve l’humanité, en se disant, comme le chauffard pressé, qu’au feu rouge « ça va passer. » Les mises en garde ne manquent pas, certains nous proposent des recettes toutes faites pour faire face à l’Effondrement global, tel Piero San Giorgio. Prenez la bonne décision ! réagissez ! nous dit-il, n’hésitez pas à vous transformer en machine de guerre pour défendre vos proches et vos biens. Pensez à vos enfants et demandez-vous si vous pouvez encore avoir confiance en vos dirigeants politiques et économiques. Si vous avez confiance en la fibre morale de l’oligarchie mondiale, alors oui, vous pouvez dormir tranquille. Dans le cas contraire, vous devez choisir, prendre vos responsabilités et d’une manière ou d’une autre agir, si vous voulez survivre à la catastrophe annoncée. « Débarrassons-nous des nombreuses notions qui nous conditionnent et que nous avons acceptées sans questionnement : la croissance infinie, le bonheur par la consommation, la liberté réduite au désir, le salariat et les embouteillages comme marques de notre esclavage, l’inversion de toutes les valeurs et la manipulation de l’information, dans un monde qui ressemble de plus en plus à celui que George Orwell avait si bien décrit dans 1984. »[11]

Le présent manifeste ne défend pas une attitude martiale, ce n’est jamais la bonne solution, loin de là, mais si la question est effectivement de survivre alors elle ne se pose pas. L’instinct prendra le dessus.

Il faut arrêter de nous leurrer, car des processus irréversibles sont en cours. Ce n’est pas une simple crise passagère, c’est l’avènement global d’un fin annoncée, qu’il faut regarder en face si nous voulons en tant soit peu trouver des solutions pour l’infléchir, atténuer l’ampleur planétaire de sa dévastation. Admettons que l’apocalypse frappe à notre porte, mais accueillons la d’emblée dans son sens étymologique premier, comme la Révélation, comme le voile que l’humanité lève de la face du monde pour se sauvé d’elle-même dans un élan d’Amour et de partage. Dans Comment tout peut s’effondrer, Pablo Servigne et Raphaël Stevens après l’état des lieux catastrophique qu’ils dressent de notre planète, essayent, à juste titre, d’éviter d’utiliser de façon intempestive le mot « crise », qui évoque une situation éphémère : « Une crise maintient l’espoir qu’un retour à la normale est possible, et donc sert d’épouvantail aux élites économiques et politiques pour faire subir à la population des mesures qui n’auraient jamais été tolérées « en temps normal ». Tout en invoquant l’urgence, la crise nourrit paradoxalement un imaginaire de continuité. »[12] Nous nous rendons à l’évidence que la machine capitaliste est cassée, notre modèle socio-économique est obsolète et inopérant face aux nouvelles problématiques et enjeux, un petit noyau dur tente encore de le faire perdurer. Nous assistons aux derniers soubresauts de la bête capitaliste. Nous avons le pouvoir se fragmenter son cœur effroyable, par les mots, par l’action artistique révolutionnaire, nous sommes tellement plus nombreux que la caste des oligarques. Il nous faut réinventer à tout instant le Monde Nouveau, ne pas rester passifs devant ce que l’État nous impose, éviter comme toute réponse à l’oppression symbolique et physique la violence – elle n’est pas la solution –, il nous faut être imaginatifs !

Préparer une riposte heureuse déjà initiée par des femmes et des hommes courageux à travers le monde, qui ont compris, avant les autres que la solidarité et le partage font partie indéniablement de la bonne réponse. Arrêtons d’être des ventres avides sans cerveau ne consommons que ce dont nous avons réellement besoin pour vivre sans gaspiller, goûtons le bonheur de la « sobriété heureuse » : « En passant de la logique du profit sans limites à celle du vivant, il est question, en langage savant, de « changer de la paradigme ». »[13] Nous mesurons cette nécessité, quand le gouvernement central européen déclare certains pays en dérapage financier pour faire perdurer un modèle économique dépassé, et imposer plus d’austérité pour protéger les intérêts de quelques-uns au détriment de celui de l’ensemble du peuple Européen. Il faut garder à l’esprit, quelques ordres de grandeur pour comprendre que la vie de chacun n’a pas la même valeur suivant l’endroit où il se trouve sur la planète. En Europe, les salaires minimums des États membres de l’Union fluctuaient entre 215 euros et 1 923 euros par mois en janvier 2016, le revenu mensuel le plus important étant 9 fois supérieur au plus faible. Cependant, nous constatons qu’il n’existe que très peu de corrélation entre le revenu mensuel minimum d’un État et le coût de la vie. Dans l’Union Européenne, l’écart entre le coût de la vie le plus faible et le plus important n’est plus que de 1,7, autrement dit, ce n’est pas parce qu’un citoyen européen gagne moins que se sont voisin, qu’il paiera moins cher les produits de première nécessité. Il y a là une double inégalité économique, qui n’est pas sans conséquence sur l’ordre social et la santé.

Nous savons que les revenus de la finance n’ont cessé d’augmenter depuis la crise financière de 2008 inaugurée en juillet 2017 aux Etats-Unis par la crise des subprimes.

Ainsi, à la naissance un Roumain a en moyenne entre 8 et 10 ans d’espérance de vie en moins qu’un Français. À l’extrême, l’écart est de 20 ans en faveur d’un individu né à Monaco et un autre né en République centrafricaine ou en Sierra Leone. Ces écarts significatifs de l’espérance de vie entre pays riches et pays pauvres donnent une idée de l’échelle plus globale des inégalités entre le continent africain, continuellement pillé et le continent européen boursouflé de suffisance moralisatrice et vendeur d’armes.

De l’autre côté du miroir [14]

Si nous ne pouvons changer le monde, au moins regardons-nous en face avec honnêteté, mourons un peu à ce que l’on croit être, à ce pourquoi nous semblions d’emblée prédisposé et nous renaîtrons sous de meilleurs auspices pour dresser de nouvelles cartes et cheminer avec indulgence dans un monde plus juste, sans haine, sans véhémence envers nos congénères et envers nous-même. Nuire aux autres c’est d’abord se nuire à soi. Peut-être est-ce une forme d’autodestruction propre à notre espèce, celle que souligne Daniel, le personnage de Michel Houellebecq à la fin de son roman, La possibilité d’une île. Dans un futur plus ou moins lointain, Daniel se réfère aux mouvements écologistes d’un temps révolu en méditant sur le devenir de l’humanité : « /… certains adeptes de ces mouvements semblaient même à vrai dire prendre systématiquement le parti des animaux contre l’homme, éprouver plus de chagrin à l’annonce de la disparition d’une espèce d’invertébrés qu’à celle de la famine ravageant la population d’un continent. Nous avons aujourd’hui un peu de mal à comprendre ces concepts de « nature » et de « droit » qu’ils manipulaient avec tant de légèreté, et nous voyons simplement dans ces idéologies terminales un des indices du désir de l’humanité de se retourner contre elle-même, de mettre fin à une existence qu’elle sentait inadéquate. »[15] Cette pensée pessimiste rejoint ici celle du philosophe Cioran, quand il écrit : « Le grand tort de la nature est de n’avoir pas su se borner à un seul règne. À côté du végétal, tout paraît inopportun, mal venu. Le soleil aurait dû bouder à l’avènement du premier insecte, et déménager à l’irruption du chimpanzé. »[16] Faisons mentir l’axiome selon lequel c’est toujours avec du retard que nous finissons par comprendre.

Ce manifeste, n’est pas moraliste, chacun est libre du choix de la route qu’il emprunte. Personne n’a de leçon à recevoir de personne. Il suffit d’ouvrir grand les portes de son entendement et pas seulement celles versatiles d’une perception première dictée par une prédisposition programmée par notre éducation, un habitus[17] occidental généralisé et manichéen qui voudrait encore entretenir l’idée que le monde est séparé en deux catégories antagonistes, d’un côté les gentils et de l’autre les méchants. Il nous faut dépasser les mécanismes habituels du train-train quotidien, qui animent tout un chacun de postures inscrites. Ce structuralisme primaire doit être compris pour être dépassé, car il se nourrit aux entournures d’idéologies nationalistes, sectaires, de philosophies de clochers ou de minarets continuant de conforter des positionnements rétrogrades allant à l’encontre d’un libre arbitre critique et dérangeant, pourtant nécessaire à l’évolution positive de toute société. Ce structuralisme tend à imploser doucement, par craquements au sein du puzzle absurde des nations, non sans brutalité et ostracisassions. Quand la faculté de juger librement commence à jouer à plein, le système a tendance à se replier avec une vigueur renouvelée sur ses retranchements les plus abjects. C’est pour cette raison que nous devons rester sur nos gardes.

Contre l’art d’endormir, il nous faut donc cultiver l’art d’éveiller et ce texte n’est rien d’autre qu’une prière pour l’Éveil. La première des priorités est de briser les structuralismes qui emprisonnent dans leurs carcans notre faculté de juger ; les conditionnements qu’ils infléchissent et que nous subissons de façon plus ou moins consciente nous apparaissent avec évidence pour peu que nous prenions la peine de les identifier. Nous avons aujourd’hui les moyens de le faire et la chance de ne pas vivre en dictature. En tout cas, si dictature il y a, elle est d’abord celle que nous nous imposons à nous-mêmes ; le plus souvent par crainte d’être rejeté d’un système que nous contribuons à faire perdurer. La peur irrationnelle de l’inconnu nous empêche d’ouvrir les yeux.

C’est pourquoi la première des attitudes à adopter est une méfiance salutaire et éthique, qu’il faut cultiver pour sortir de la sidération dans laquelle nous plonge l’accomplissement prévisible et horrifique effondrement qui se présente à nous. Tel un personnage de Howard Phillips Lovecraft, nous devons éviter de sombrer dans une paranoïa métaphysique aiguë et glaçante en nous écriant : « Il y a des horreurs qui dépassent l’horreur, et j’étais en présence de ces paroxysmes hideux et cauchemardesques que le cosmos réserve aux malheureux qu’il veut maudire. »[18] La sidération inhibe l’action, réduit notre vision périphérique. Elle est le fruit de l’incompréhension absolue face à un phénomène qui nous échappe et grippe toute faculté de mouvement. Cette méfiance analytique proposée, bien qu’artistique, n’est pas à rapprocher de la paranoïaque-critique de Salvador Dali.[19] Il n’y a rien de délirant a priori dans l’approche dystopique d’un événement, puisqu’elle consiste d’abord à se saisir d’un phénomène – pour ce qu’il est ou prétend être –, de le poser là, devant nous, et de le passer au crible d’une conception élargie du monde, afin d’en décrypter le sens profond. Dans le fond, il s’agit d’expliciter de façon sensible, par des moyens poétiques au sens large, l’irrationnel d’un monde à la dérive que l’on renverse pour en observer les dessous.

Nous devons mettre de côté toutes nos certitudes afin d’extraire du phénomène observé toute sa substance anticipatoire, messianique ; le mouvement de ce qui advient. Le présent est prédictif, pour peu que nous prenions le temps de le lire ; il contient toujours l’embryon en gestation d’un avenir plus ou moins proche.

Lorsqu’en général, nous parlons d’extinction, nous n’en relevons que les aspects objectifs mesurables, liés de façon intrinsèque à notre espèce, à notre animalité, à des caractères raciaux et sociaux plus ou moins déterminés. Nous ne faisons qu’évoquer la dimension ontique[20] de notre existence ayant trait à ce que nous sommes en tant qu’être humain, appartenant au simple commun des mortels, comme une tête de bétail à son cheptel. Nous soulignons d’abord la cessation de quelque chose de matérielle, nous ne nous intéressons qu’au tangible.

Nous nous persuadons qu’il y aura toujours une solution pour réparer un dysfonctionnement, une disruption ; des médicaments, pour nous guérir de tous nos maux. En définitive, cette idée reçue est un placebo qui ne nous est d’aucun secours. Elle nous tient lieu de superstition. La disparition d’une espèce, fut-elle l’homo sapiens sapiens, qu’on le veuille ou non, ne devient effective qu’avec son absence physique, parce que d’emblée, nous perdons de vue les prémisses de l’effacement primal et le déroulement préalable qui en découle, l’effondrement discret d’une poétique humaine basée sur l’accueil de l’autre et le partage. L’action d’un monde rationnel et mesurable a écrasé la dimension ontologique des habitants de la Terre, l’essence même de notre humanité. Dès lors, ce qui meurt en premier lieu en chacun de nous est le caractère unique de ce que nous sommes, nos particularités culturelles qui s’inscrivent avec logique dans le vaste champ de notre civilisation. Nous avons perdu nos boussoles et errons d’attraction morbide en attraction malsaine. Les lois du profit nous convainquent que nous sommes plus beaux et plus intelligents que notre voisin et les mêmes lois lui chuchotent à l’oreille qu’il est unique. Alors pourquoi nous nous intéresserions les uns des autres ? Pourtant en apprenant sur l’autre – est-il vraiment nécessaire de rappeler ce lieu commun ? –, nous en apprenons fondamentalement sur nous-mêmes. Nous nous complétons continuellement par une conscience plus large du monde, en prenant conscience que l’ostracisme culturel est aussi une forme exacerbée, intellectualisé de l’eugénisme.

***

Communément la définition d’eugénisme s’entend comme étant  l’« ensemble des recherches – biologiques, génétiques –, et des pratiques – morales, sociales –, qui ont pour but de déterminer les conditions les plus favorables à la procréation de sujets sains et, par là même, d’améliorer la race humaine. »[21] Dans les années 1930, l’eugénisme était davantage fondé sur des préceptes racistes, notamment celui de la supériorité des peuples nordiques sur les autres. Les balbutiements scientifiques de l’eugénisme, au début du vingtième siècle, s’axaient sur l’amélioration du patrimoine génétique par la sélection empirique de critères remarquables, et l’élimination des déviances physiques ou psychiques. L’intelligence était un facteur déterminant, évaluée par des tests de QI ; l’échec scolaire permettait de déceler les faibles d’esprit. Ils devenaient les victimes désignées du progressisme étatique. Les difformités et les handicaps physiques constituaient d’autres indices évidents pour repérer les dysgéniques que chacun pouvait potentiellement devenir, car toute particularité échappant à la norme définie par d’obscures éminences grises directement liées au Pouvoir, pouvait constituer une tare à éradiquer – en postulant qu’elle était héréditaire, cela permettait de ratisser large en écartant aucun argument, fût-il religieux. Ainsi, sous des dehors scientifiques, un effroyable « processus » d’épuration sociale se mit en marche utilisé dans la lutte contre la criminalité, la toxicomanie et toutes les formes de pathologies psychiatriques… Les méthodes les plus courantes furent celles de la stérilisation et l’avortement forcés. Les eugénistes nazis ont également utilisé l’euthanasie à l’échelle industrielle – élevée à l’indicible et insoutenable crime contre l’humanité. Ils lui donnèrent une dimension apocalyptique que Hitler justifiait déjà en 1933 dans Mein Kampf en défendant la supériorité de la race aryenne sur des peuples inférieurs, métissés, impurs, dégénérés : « En résumé, le résultat de tout ce croisement de races est toujours le suivant :

  1. Abaissement du niveau de la race supérieure.
  2. Régression physique et intellectuelle et, par suite, apparition d’une sorte de consomption dont les progrès sont lents, mais inévitables.

Amener un tel processus n’est pas autre chose que pécher contre la volonté de l’Éternel, notre Créateur. »[22]

Tout crime contre l’humanité commence par la diffusion d’une propagande éclatante ou insidieuse, disséminée et incorporée par les agents selon leur seuil de réceptivité, infléchie par une situation contextuelle sociale, économique ou bien encore écologique insoutenable. Le jugement comme le parti-pris deviennent irrationnels quand la pression augmente linéairement de façon paroxystique, elle fait croître les peurs ; cela ne peut conduire qu’à l’aveuglement, quand aucune solution acceptable pour le collectif humain n’est trouvée et qu’un gouvernement central, quelle qu’en soit la nature, désigne le symbolique « maillon faible » : un individu, une couche sociale, un parti, un courant de pensée, une culture, une religion, une ethnie…

La cosmétique comme eugénisme par défaut

 

La richesse de notre humanité, la beauté du monde – pour reprendre un terme cher à Pierre Rabih[23] –, est abrasée, par l’empire du particularisme culturel dominant occidental, contre lequel nous nous élevons dans un élan de bonne conscience sans nous rendre compte que nous sommes sous son dictat. C’est là un grand paradoxe, puisque nous nous en défendons en y participant, nos propres contradictions l’alimentent. Au-delà de tous les extrémismes, c’est l’humanité qui finit par se retrouver face à elle-même, mise en abîme, elle se contemple dans toute son épouvante. L’envers d’un progrès inconsidéré attisé par le capitalisme est le gouffre abyssal dans lequel nous sombrons. Dans la plupart des consciences, l’idée a fait son chemin que les ressources fossiles sont limitées, que leur consommation effrénées au rythme d’une croissance que nous voulions exponentielle, a d’ores et déjà des impacts irréversibles sur la géosphère au détriment de la survie de notre espèce. Tout « progrès » allant à l’encontre de cette idée est un archaïsme ! Ce que nous nommons ici le particularisme culturel dominant occidental a tendance à détruire d’un revers de main tout autre cheminement intellectuel, culturel, toute autre manière d’être au monde. Il enfonce ses racines dans le sol stérile, qu’il a créé, et sur lequel l’individu en errance cultive les jouissances momentanées que lui procurent les objets du plaisir. Il y épuise sa vie, en devenant lui-même un objet démultiplié et obsolescent dans un univers d’obsolescence, un déchet que la société, la plupart du temps, jette au rebus avant sa dernière heure ; encore Chuck Palahniuk :

« Cette idée qu’on est cloné à partir de toutes ces publicités pour shampooing, eh bien, ça vaut pour moi et pour Brandy Alexander aussi. Abattre quelqu’un d’un coup de fusil dans cette pièce serait l’équivalent moral de tuer une voiture, un aspirateur, une poupée Barbie. Effacer un disque d’ordinateur. Brûler un livre. Probablement que ça vaut pour le meurtre de n’importe qui sur terre. Nous sommes tous de tels produits.»[24]

Ainsi, la première étape de notre extinction commence par la négation de la dimension anthologique de notre destinée. C’est pourtant, cette dimension qui nous désigne réellement comme existant. Elle indique d’où nous venons. Elle raconte sans les fards d’une cosmétique des clones quelque chose d’une histoire singulière prenant sa source au-delà des apparences dans l’Histoire collective. Elle nous permet d’échapper à l’utopie du meilleur des mondes, à un formatage auquel il faut bien dire, nous ne pouvons complétement échapper. Nous devons cultiver notre liberté de penser, afin de ne pas être réduit à de simples artefacts biologiques sériés, ayant passés tous les tests qualité comme un quelconque objet manufacturé, dont on optimiserait et répliquerait les qualités : « Le progrès /… Instrument majeur de la stabilité sociale. Des hommes et des femmes conformes au type normal ; en groupes uniformes. »[25] Aldous Huxley aurait écrit Le meilleur des mondes en quatre mois ; c’était en 1931, la crise de 1929 était passée par là et malgré le New Deal qui a suivi, les États-Unis n’ont retrouvé le chemin de la croissance qu’à partir de leur entrée dans la seconde guerre mondiale auprès d’une Europe économiquement et socialement à l’agonie. Aujourd’hui, certains politiques militent pour un New Deal européen – Nouvelle Donne ou nouvelle entoure-loupe ? –, à la fois profitable aux grands groupes industriels, à l’oligarchie mondiale – aux dominants, donc… –, et acceptable pour les citoyens européens… La logique reste la même, sans décélération d’un processus capitaliste moribond et du productivisme afférent, inadapté déclin tragique de l’état de l’environnement global. L’atavique religion du « contre la différence » qui anime les extrémismes de tout horizon a encore de beaux jours devant elle. Depuis le séquençage du génome humain, la science génique a dépassé largement le savoir-faire nauséeux prédit par Huxley, elle saurait désormais faire de nous des arriérés au service d’une race supérieure parfaitement prédéfinie ; nous serions asservis ou dominants selon que nous tombions du bon côté du manche ou pas.[26]

Aujourd’hui une forme d’eugénisme nous frappe, il a moins à voir avec la génétique, il est de l’ordre du paraître. Le modèle humain occidental est prépondérant, le blanc reste le symbole de la pureté ; les Africains se blanchissent la peau, les Asiatiques se font allonger les jambes, débrider les yeux tout en s’estimant au-dessus du modèle occidental, comme une sublimation de celui-ci. Les archétypes de la femme idéale et de l’homme idéal ont depuis longtemps envahi de façon virale nos écrans ; c’est la toute-puissance de l’image contre notre nature imparfaite, notre origine ethnique de sous-développé. C’est le complexe du cheval de Troie, pour être accepté par le système il faut commencer par se rendre visuellement assimilable, avoir une apparence rassurante, la « gueule de l’emploi » – quelle que soit l’origine ethnique, de toute façon le délit de sale gueule joue à plein ; et bien sûr, c’est sans doute là le moins évident, il faut être intellectuellement compatible pour ne pas subir de rejet, se plier aux règles avec diligence et facilité. Un effort trop visible pour se rendre compatible apparaîtrait d’emblée comme suspect. Cela se vérifie à toutes les échelles des organisations et des sociétés humaines.

C’est un eugénisme à moindres frais qui se joue là. Nous nous imposons une cosmétisation du banal, nous offrons nos âmes au pare-être devant des miroirs qui nous renvoient au final une impression lointaine de nous-mêmes. Nous nous dupliquons toujours dans l’imperfection, pour nos proches, pour la personne que nous aimons, pour nos amis, nos supérieures hiérarchiques, pour le groupe, la meute… Au bout de tant de compromis, nous finissons par affirmer que nous aimons ce que profondément nous détestons.

Dans O Homen Duplicado – l’homme dupliqué –, José Saramago raconte l’histoire d’un homme ordinaire en pleine remise en cause personnelle, qui découvre son double de façon fortuite. Saramago use de la métaphore, comme souvent dans son œuvre, pour nous faire comprendre que nous ne sommes pas tout à fait ce que nous croyons être ; croire à une existence propre, originale relève ici d’une métaphysique. En effet, il nous est impossible d’être nous-mêmes quand nous passons le plus clair de notre temps à vouloir ressembler à quelqu’un d’autre. Nous nous fantasmons. De cette manière le nouvel eugénisme participe d’une forme d’onanisme, où nous désirons tuer le moi-difforme, cette chose non-acceptable dont nous avons honte. La société de consommation nous offre tous les artifices pour tomber amoureux de soi comme d’un partenaire idéalisé ; quelques fois, il arrive que la relation sentimentale, le désir débridé et abscons d’exister pour soi conduisent de façon dramatique à l’autodestruction, ou tout du moins, au suicide du moi symbolique, ou au meurtre physique d’un autre que l’on voulait posséder. Il nous faut changer d’apparence, faire l’effort de nous dupliquer en tirant de nous la part maudite du paraître, de l’innocence sous un format conventionnel ; retenons que le pire des salauds, comme dans le roman de Bret Easton Ellis, American Psycho, peut avoir le visage d’un ange.

O Homen Duplicado est le récit d’un individu quelconque – professeur d’histoire –, qui vit la vie du citadin moyen. Conseillé par l’un de ses collègues, Tertuliano Maximo Afonso loue un film qu’il visionne sans grand enthousiasme dans son petit appartement de fonctionnaire. Il en retire un profond malaise inexplicable, dont il tente d’identifier la source et il finit par reconnaître ses traits dans l’apparition furtive d’un acteur secondaire. Accroupi dans son salon, l’échine courbée autour de son magnétoscope, comme dans la vie, il revient en arrière, fait des arrêts sur l’image, c’est bien lui !

Dans son roman, José Saramago souligne la constante contradiction dans laquelle nous vivons ; en effet, nous prenons conscience que nous partageons le même monde que son personnage, un monde qui est à la fois celui de la démultiplication, de la standardisation, de l’uniformisation, de la production de masse… mais aussi celui de la dématérialisation, car l’être est soluble dans l’espace social, où il devient quelconque pour peu qu’il s’y adapte, à défaut il en sera exclu. Dans les deux cas vous disparaîtrez à moins que vous finissiez par comprendre que le petit maillon que vous êtes doit exister en faisant avec sans s’exclure du mouvement du monde ; afin qu’il prenne le bon virage, il faut donc savoir de quel coté pencher.

Des millions de nos congénères accomplissent les mêmes gestes et vivent avec autant d’avidité et d’ego les mêmes ambitions, les mêmes désirs. Paradoxalement, Saramago nous montre que la société contemporaine est aussi celle de l’individualisme où chacun est convaincu de sa distinction. La manifestation angoissante du double met en abîme l’individu qui se croyait unique ; il s’interroge maintenant sur son être au monde ; peut-il être ce qu’il est tout en étant un autre ?[27]

Le robot philosophe d’Asimov

 

Et puis, finalement si l’être humain est si imparfait, pourquoi ne pas l’écarter tout simplement ? Dans un avenir proche les robots qui ont envahi notre quotidien – aussi bien sous leur forme matérielle que numérique –, conçus pour résister à des milieux extrêmes, apporter des réponses à des vitesses inouïes à des problématiques qu’un cerveau humain ne pourrait seul résoudre, vont nous regarder avec dédain et nous dire : « « Je m’en voudrais de vous dénigrer, mais regardez-vous. Les matériaux mous et flasques qui vous constituent manquent de force, d’endurance, et ils dépendent pour leur énergie de l’oxydation inefficace de tissus organiques, tel ceci. » Il pointa un doigt désapprobateur sur ce qui restait du sandwich de Donovan. /… « Moi, par contre, je suis un produit fini. J’absorbe directement l’énergie électrique que j’utilise avec un rendement proche du cent pour cent. Je me compose de métal résistant, je jouis d’une conscience sans éclipses et je supporte sans mal des conditions climatiques extrêmes. Tels sont les faits qui, avec le postulat évident qu’aucun être ne peut en créer un autre de supérieur à lui-même, réduit net à néant votre stupide hypothèse. » [28] L’hypothèse dont parle ici ce robot méprisant, issu tout droit de l’imagination d’Asimov, est la suivante : aux yeux de celui-ci, l’être humain est si imparfait qu’il ne peut avoir créé des robots qui lui soient supérieurs en force et en intelligence. À juste titre, certains objecteront que si le monde courre à sa perte alors rien de tout cela n’adviendra, détrompons-nous les utopies comme les dystopies sont concomitantes.

Aujourd’hui à l’heure où le progressisme occidental peine à faire tomber son masque, d’anciens paradigmes prennent le pas ; nous comprenons que l’extraordinaire et le salut sont dans l’ordinaire d’une société qui lentement se délite, se désagrège, échappe à tout contrôle des classes dominantes et aspirent par instinct de survie – et pourquoi pas, par sagesse –, à plus de solidarité, tandis qu’aveugles, la plupart des mieux lotis se battent en dépit du bon sens pour conserver la position privilégiée, le point de vue sur le chaos qui leur éviteraient la faillite. La chute.

D’autres s’agrippent bec et ongles à leur place dans le troupeau bêlant, de plus en plus épars, résignés et acceptant sans conditions la dictature du paraître sur le règne authentique du visible qui leur brûle les yeux. C’est tellement plus confortable de ne pas regarder en face notre monstruosité, notre égoïsme. Nous ne voulons surtout pas entendre cette petite voix qui nous dit, comme à Néo dans le premier opus cinématographique de MATRIX : « C’est là ta dernière chance, après ça tu ne pourras plus faire marche arrière. Choisis la pilule bleue et tout s’arrête : après tu pourras faire de beaux rêves et penser ce que tu veux. Choisis la pilule rouge, tu restes au pays des merveilles, et on descend avec le lapin blanc au fond du gouffre. N’oublie pas : je ne t’offre que la vérité rien de plus. Viens avec moi. »[29] Il nous faut monter dans le train de la réalité cher à Roland C. Wagner, car le consumérisme est l’enfant du capitalisme – ce n’est pas un concept nouveau. Déjà dans les années 1970 « les gens consommaient, consommaient… des robots ménagers, des disques, des films, des lessives, des déodorants, des détachants, des produits pour faire la vaisselle, nettoyer la cuvette des toilettes, déboucher les éviers, parfumer la maison, la liste n’en finissait pas, il y avait toujours quelque chose d’autre à acheter, un nouveau gadget, une nouvelle lotion, un collant révolutionnaire… Un tourbillon de consommation, un vent perpétuel de dépenses plus ou moins inutiles, un ouragan de désir et d’avidité.

/… Le reste du monde avait les yeux levés vers la Lune, où les astronautes de la NASA venaient de marcher pour la troisième fois, ou baissés sur les vitrines regorgeant de choses à acheter. Toute cette histoire de conquête de l’espace, c’était un moyen de détourner l’attention des gens de ce qui comptait vraiment, c’était un moyen de les empêcher de monter dans le train de la réalité. »[30]

Nous devons, sans doute, considérer de façon définitive que le consumérisme est une forme de pathologie chronique, qui atteint la plupart de nos contemporains, mais pas seulement, et qui se traduit par le fait d’exister au travers de ce que nous consommons.

Réveille-toi ! Voilà ce que notre humanité se hurle à elle-même. La société actuelle est dystopique au sens où elle veut désormais aller à l’encontre de ses propres fondements, comprendre son devenir à rebours, par le symptôme, et retarder ainsi l’anéantissement qu’elle se réserve.

Sans jugement de valeur, nous devons cultiver l’a priori positif par l’anticipation littéraire sous toutes ses formes : tout être humain est le produit d’une culture et d’habitus incorporés que nous devons comprendre, sinon respecter. C’est une question d’éthique. Pour des raisons évidentes, nous devons appeler de tous nos vœux la réciproque, afin d’éviter le conflit de trop. L’irréparable.

Au-delà du dictat d’une éducation imposée par l’establishment intellectuel, le voyant – l’artiste – n’a guère besoin qu’on lui explique ce qu’il voit ; il voit et cela lui suffit d’emblée pour comprendre. C’est un voyant qui partage avec ses congénères une vision posée sur les schèmes d’une culture commune, hétéroclite, évolutive et actuelle, parce qu’en perpétuelle émergence, riche de son passé et de son devenir, dont il a acquis les clefs de déchiffrement pour comprendre ce qui relève de l’imposture et de la volonté de nuire, comme de l’empathie et de la bienveillance.

Réveillons-nous ! La culture est quelque chose de vivant de protéiforme, d’infinie, à la richesse de laquelle chacun de nous peut participer. L’œuvre sert de révélateur à celle ou à celui qui, à son tour, a la capacité intrinsèque de devenir voyant ; non pas parce qu’il subordonne son entendement à la primauté supposée d’une sensibilité endogène et figée dans les carcans institutionnalisés du politiquement correct, mais parce qu’il peut superposer à l’éclairage qu’il reçoit, et qu’il comprend, sa propre vision du monde.

La pensée qui anime ce manifeste est mue par un réalisme sans tabou ni censure, elle prône la sagesse, elle s’adresse à des esprits libres, et condamne la violence, qu’elle stigmatise sous toutes ses formes. La réalité est la matière première de son imaginaire ; le point de vue dystopique doit permettre d’aborder de façon distanciée et corrélée des sujets divers – politiques, scientifiques, philosophiques ou sociaux… –, comme une mise en abîme d’une utopie promise par un progrès qui laisse entrevoir désormais l’incommensurable étendue de son versant néfaste.

Le dystopisme est un mouvement naissant et son moteur est un incubateur poétique basé sur l’entraide, c’est une riposte littéraire au sens propre, parmi tant d’autres, contre le pourrissement ambiant qui gagne notre culture. Il se nourrit d’œuvres en tout genre, pourvu qu’il trouve en elles un écho et un carburant intellectuel. Nous voulons défendre des œuvres que boude l’intellectualisme abscons de ceux qui ont fait le choix de ne rien voir. Aussi, tout un pan de la création artistique ancré dans le terreau d’une vie urbaine de plus en plus précaire est mis en marge alors que son action constitue en soi un contrastant mettant en exergue le réel, révélant sans masque et sans discours préconçus la poésie convulsive de l’âpreté sociale.

Les œuvres citées dans le présent manifeste ne donnent qu’une indication sur l’orientation littéraire et philosophique de Dystopic, elles ouvrent un champ à couvrir, mais ne le restreignent pas – nous aurions pu en citer tant d’autres.

Par ailleurs, nous ne mettons pas de côté toutes les expressions artistiques qui l’accompagnent – les arts plastiques bien sûr, mais aussi le cinéma. Soulignons que le dadaïsme, le surréalisme, l’art psychédélique, le nouveau réalisme, le street-art ont poussé parallèlement leurs investigations dans des directions semblables, et c’est pourquoi nous ouvrons Dystopic à toutes formes de collaborations artistiques, dès lors qu’elles se réalisent sous un angle littéraire.

Nous n’avons pas le temps de trouver un ailleurs pour sauver notre espèce, mais peut-être que de cet ailleurs quelqu’un nous regarde déjà : « Qu’est-ce que tu regardes comme ça, p’pa ?

— La Terre. J’y cherche la logique, le bon sens, un gouvernement sain, la paix et la responsabilité.

— Tout ça là-haut ?

— Non. Je n’ai rien trouvé de tout ça. Ça n’y est plus. Ça n’y sera peut-être plus jamais. On s’est peut-être fait des illusions en croyant que ça y était. »[31]

Paroxysme d’une schizophrénie structurelle planétaire, le monde nous montre simultanément, dans une concordance de lieux et de temps, ses deux versants, l’utopie et la dystopie, nos croyances d’animal repu et méprisant face au Réel.

Le devenir de notre civilisation est un vaste champ dans lequel peut s’exprimer librement une critique artistique constructive de notre relation au monde. Au travers de celle-ci, nous nous affichons à la fois comme spectateur et acteur d’un devenir qui toujours nous échappe et sur lequel nous aimerions tant avoir prise par anticipation. « Le meilleur et le pire sont à l’évidence déterminés par notre façon d’être au monde que nous avons construit, et ce monde peut être sauvé par ce que nous recelons de plus beau : la compassion, le partage, la modération, l’équité, la générosité, le respect de la vie sous toutes ses formes. Cette beauté-là est la seule capable de sauver le monde. »[32]

Dominique PÉREIRE, Villejuif, le 14 juillet 2016.

[1] Agent se dit au sens sociologique de celui qui agit au sein de la société ou d’un groupe social quelle qu’en soit la taille,…

[2] K. Dick (Philip), Substance Mort, Paris, Denoël, 1977, p. 45. Ce roman de l’écrivain américain parut en 1977 – titre original, A Scanner Darkly. Le passage, emprunté ici, est une référence à la première épître aux Corinthiens de Saint Paul : « for now we see through a glass, darkly… » – « Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir, d’une manière obscure… », Corinthiens 13:12.

[3] Palahniuk (Chuck), Fight Club, Paris, Editions Gallimard, 1996 et 1999 pour la traduction française, pp. 59 à 60.

[4] Ontologique : « qui appartient à la catégorie de l’être et non du paraître. »

[5] K. Dick (Philip), Op. Cit., p. 44.

[6] Matheson (Richard), L’homme qui rétrécit, Paris, Éditions Denoël, 1999, p. 201. © 1956, 1984, The Shrinking Man, by Richard Matheson.

[7] Lovelock (James), La terre est un être vivant – L’hypothèse Gaïa, Paris, Éditions Flammarion, 1990, p. 171. Souligner par nous.

[8] Lovelock (James), Op. Cit., p. 149.

[9] http://www.consoglobe.com/duree-vie-dechets-nature-1386-cg

[10] « The Big One » est le nom donné à un tremblement de terre, sans précédent et dévastateur qui devrait survenir sur la côte ouest des Etats-Unis avant 2032 avec une probabilité de soixante-deux pourcent.

[11] San Giorgio (Piero), SURVIVRE à l’effondrement économique, Paris, Le Retour aux Sources éditeur, 2011, pages 380 et 381.

[12] Servigne (Pablo) et Stevens (Raphaël), Comment tout peut s’effondrer – Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, Paris, Éditions du Seuil, 2015, p. 180. Souligné par nous.

[13] RABHI ( Pierre), Un changement humain in Vers la sobriété heureuse, Arles, ACTES SUD, 2010, p. 113.

[14] Nous empruntons ici le titre de ce paragraphe à un roman de Lewis Carroll – titre original : Through the Looking-Glass, and What Alice Found There. Il a été écrit en 1871, et fait suite aux Aventures d’Alice au pays des Merveilles. En France, ce roman fut publié pour la première fois en 1931 sous le titre La Traversé du miroir, il sera changé en De l’autre côté du miroir lors de sa réédition de 1871.

[15] Houellebecq (Michel), La possibilité d’une île, Paris, © Michel Houellebecq et la Librairie Arthème Fayard, 2005, p. 454. Souligné par nous.

[16] Cioran (Emil Michel), De l’inconvénient d’être né, Paris, Éditions Gallimard, 1973, p. 61. Souligné par nous.

[17] « Bref, étant le produit d’une classe déterminée de régularités objectives, l’habitus tend à engendrer toutes les conduites « raisonnables », de « sens commun », qui sont possibles dans les limites de ces régularités, et celles-là seulement, et qui ont toutes les chances d’être positivement sanctionnées parce qu’elles sont objectivement ajustées à la logique caractéristique d’un champ déterminé, dont elles anticipent l’avenir objectif ; il tend du même coup à exclure « sans violence, sans art, sans argument », toutes les « folies » (« ce n’est pas pour nous »), c’est-à-dire toutes les conduites vouées à être négativement sanctionnées parce qu’incompatibles avec les conditions objectives. » Bourdieu (Pierre), Structures, habitus, pratiques in Le sens pratique, Paris, Les éditions de minuit, 1980, des pages 93 à 94.

[18] Lovecraft (Howard Phillips), La maison in La peur qui rôde et autres nouvelles, Paris, Éditions Denoël, 1961, pages 89 et 90.

[19] Salvador Dali définit sa méthode, applicable pour tous les arts, comme : « une méthode spontanée de connaissance irrationnelle, basée sur l’objectivation critique et systématique des associations et interprétations délirantes » Dali (Salvador), La Conquête de l’irrationnel, Éditions surréalistes, Paris, 1935, p. 16.

[20] Ontique : relatif aux êtres concrets, prédéterminés génétiquement, socialement et économiquement.

[21] http://www.cnrtl.fr/definition/eug%C3%A9nisme

[22] Hitler (Adolf), Mein KampfMon Combat, Nouvelles Éditions Latines, 1934/1979 pour la traduction française, d’après l’édition allemande de 1933,

  1. 286.

[23] Agriculteur, écrivain et penseur français d’origine algérienne, c’est un pionner de l’agriculture biologiques et l’inventeur du concept « Oasis en tous lieux ». Expert reconnu en matière de sécurité alimentaire, il a participé à l’élaboration de la convention des Nations unies pour la lutte contre la désertification.

[24] Palahniuk (Chuck), Monstres invisibles, Paris, Editions Gallimard, 1999 et 2003 pour la traduction française, p. 12.

[25] Huxley évoquait déjà cette sélection in vitro : « Le speudo-sang, écrivait-il, circule plus lentement ; il passe par conséquent dans les poumons à intervalles plus longs ; il donne par suite à l’embryon moins d’oxygène. Rien de tel que la pénurie d’oxygène pour maintenir un embryon au-dessous de la normale. /… Plus la caste est basse, dit Mr. Foster, moins on donne d’oxygène. Le premier organe affecté, c’est le cerveau. Ensuite le squelette. À soixante-dix pour cent d’oxygène normal, on obtient des nains. À moins de soixante-dix pour cent, des monstres sans yeux. » Huxley (Aldous), Le meilleur des mondes, traduit par Jules Castier, Paris, Éditions Plon, 1932, p. 28. © 1932, 1946 by Aldous Huxley.

[26] Huxley (Aldous), Op. Cit., pages 37 et 38.

[27] Saramago (José), O Homen Duplicado, Lisboa, © José Saramago e Editorial Caminho, 2003. Titre français, L’Autre comme moi. Écrivain d’origine portugaise, prix Nobel de littérature en 1998, né le 16 novembre 1922 à Azinhaga, Santarém, Portugal, mort le 18 juin 2010 à Lanzarote, îles Canaries, Espagne.

[28]  Asimov (Isaac), Les robots in Le cycle des robots 1, traduit e l’américain par Pierre Billon, Paris, Éditions J’ai lu, 2012, pages 79 et 80. © Isaac Asimov, I, ROBOT, 1950.

[29] Morpheus à Neo dans Matrix, le film australo-américain de science-fiction, sorti en 1999 et réalisé par Larry et Andy Wachowski, qui deviendront plus tard Lana et Lilly Wachowski. Souligné par nous.

[30] C. Wagner (Roland), Le train de la réalité et les morts du Général, Paris, Éditions Gallimard – Éditions ActuSF, 2012, des pages 89 à 92. Souligné par nous.

[31] Bradbury (Ray), Chroniques martiennes, traduit de l’américain par Jacques Chambon et Henri Robillot, Éditions Denoël, 1997, p. 308. © Ray Bradbury, The Martian Chronicles, 1946, 1948, 1949, 1950, 1958, renouvelé en 1977.

[32] Rabih (Pierre), Manifeste pour la Terre et l’humanisme – préface de Nicolas Hulot, Arles, Éditions ACTES SUD, 2008, p. 109.

 

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