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# 3     LA CHAIR DE DOMINIQUE CAPELA

Les papillons nombriliques ont éclos : les livres sont là ! 

J’ai du mal à y croire …

Après de longs mois de doutes et de corrections, voici le tout petit tirage de mon premier livre.

Une histoire personnelle avec le tatouage, entre écriture de soi et témoignage d’une époque…

CDC Juin 2017

Avertissement 

Une novela noire, dans la veine de La Boxe de l’homme Ivre ou de la Gravité, du même auteur.  Destinée à un public averti. 

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 #2 TATOUEE SUR CANAPE de Clémentine D.CALCUTTA

Les papillons nombriliques ont éclos : les livres sont là ! 

J’ai du mal à y croire …

Après de longs mois de doutes et de corrections, voici le tout petit tirage de mon premier livre.

Une histoire personnelle avec le tatouage, entre écriture de soi et témoignage d’une époque…

CDC Juin 2017

Tatouage : Possession/Dépossession

Préface de Tatouée sur Canapé , de Dominique Péreire

La plupart des gens pensent que le tatouage n’appartient qu’à une dermographie absconse pour le paraître, à une customisation de soi destinée à des névrosés en mal de reconnaissance. Ces derniers voudraient sortir du quelconque, mais retourneraient par un curieux effet de mode à l’ordinaire. Pourquoi pas me direz-vous…

En fin de compte, quelle terrible désillusion pour le tatoué, car derrière un masque corporel d’encre et de signes plus ou moins heureux – qu’il utiliserait pour brouiller les traces identitaires assignées par un système qu’il refuse – il ne resterait à cet égaré rien d’autre qu’une infime possibilité d’un lui-même.

Le pensant ordinaire voudrait faire de cette assertion sociologiste une définition rassurante : le graphité ne serait en définitive qu’un désaxé au sens propre. En effet, il ne tournerait pas sur l’axe structurant de codes sociaux qui infléchissent des comportements adéquats et déterminent des postures consensuelles acceptables par le plus grand nombre.

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Les superlatifs n’ont jamais manqué pour qualifier les tatoués, il y aurait des dingues du dermographe comme des fous de la gâchette. Dans son manifeste, Ornement et crime, fondateur d’une certaine Modernité, l’architecte Autrichien Adolf Loos écrivait déjà en 1908 que : « L’homme moderne qui se tatoue est un criminel ou un dégénéré.» 1 Ces postulats trop évidents, reléguant à la marginalité les amateurs d’inscriptions corticales, sont là pour nous faire oublier que « le corps est un élément central de l’identité d’un individu, il ne relève pas du registre de l’avoir, mais bien de l’être »2. Par conséquent, pour le possédant comme le possédé, le corps est un territoire en perpétuelle reconquête, peu importe les truchements employés pour se l’approprier – le tatouage en est un. 

Pour Clémentine, ce médium est aussi un possible outil d’expiation de soi. Là où d’autres auraient continué de se perdre plus sûrement dans la fragmentation des frustrations qu’occasionnent les non-dits quotidiens, elle a trouvé au travers du tatouage la voie d’une méditation douce-amère soustendue par une pensée rhizomique signifiée, encrée. Elle en contemple l’étendue sur son corps qu’elle paysage jusqu’au bout de ses doigts. D’emblée, il n’y a rien de trop, rien d’inutile, c’est sa vie à fleur de peau ; une peau qui parfois dans son esprit ne vaut pas bien cher, au point de songer à crever cette sale bête tégumentaire qui la leste avec tout ce qu’elle contient de pesant à la merditude des vivants. 

 La peau... il faut la museler, car elle en dit bien souvent trop long sur nous. C’est l’organe le plus bavard. Elle est sujette aux humeurs du corps et de l’âme. Sans filtre, elle dit tout de nous et du temps passant. Et c’est pourquoi on la maquille. On l’habille. On la bâillonne. La peau des tatoués est souvent une peau qui hurle des maux maintenant inscrits, esthétisés après avoir sous une autre forme, tordu les tripes et porté au bord des lèvres la nausée du dégoût de soi. Fruit de cette passion existentielle qui nous pousse à nous dégueuler pour la xième purge avant que la fontaine intérieure du mal-être ne nous remplisse de nouveau jusqu’à saturation. Dès lors, l’ego exulte satisfait de son règne sur un royaume de cruauté et de désolation, où se côtoient toutes les petitesses des déjà-morts, boursouflés d’autosatisfaction dans leur enfer artificiel qu’ils prennent pour un paradis. 

 Clémentine n’enfouit pas. Elle a compris que le corps, pour peu qu’on lui soit attentif, est une matière aussi concrète que subjective offerte à la transformation ; il « n’existe pas à l’état naturel »3, en soi. Aussi, si nous n’y prenons pas garde, il « disparaît en totalité, et en permanence, dans le filet de la symbolique sociale qui en donne la définition et dresse l’ensemble des étiquettes de rigueur dans les différentes situations de la vie professionnelle et collective. »4 Clémentine avance avec sa sensibilité à fleur de peau, mais aussi avec son « corps de femme », avec cette conscience accrue par les coups symboliques ou bien réels d’un monde où le pouvoir est à dominante masculine. Elle dit quelque chose à toutes celles, qui comme elle, ne seraient d’abord là que par et pour le regard des autres et des hommes en particulier, desquels elles seraient condamnées à dépendre « en tant qu’objets accueillants, attrayants, disponibles. On attend d’elles qu’elles soient « féminines », c’est-à-dire souriantes, sympathiques, attentionnées, soumises, discrètes, retenues, voire effacées. »5   Clémentine a fait un choix courageux plutôt que de succomber au lissage de surface d’une cosmétique planétaire, dont le principe est d’occulter peu ou prou la profondeur hideuse de notre civilisation. 

Tantôt hâbleuse, tantôt secrète et mutique, Clémentine avance pétrie de tous ses doutes et de sa générosité, parfois de façon chaotique, à coup de désarticulation telle une poupée de Hans Bellmer, et ça fait mal bien sûr ! Ce sont là les douleurs de la procréation de soi par soi propres à chaque artiste. 

Elle laisse apparaître à sa surface les morsures de la vie. Elle les souligne de façon indélébile. Elle les sublime à sa manière, alors qu’à sa place d’autres auraient préféré les enfouir comme si la chose était possible. Elle s’interroge sur ce qu’elle n’est pas, ce qu’elle a cru être, ce qu’elle voudrait, ce qu’elle ne veut plus, ce qu’elle a regretté, puis regretté d’avoir regretté. 

Chemin faisant, de déséquilibre en déséquilibre, comme dans toute marche, elle élabore sa mythologie en musclant son être. Elle se remet au monde semblable et différente à la fois, dans un je de possession/dépossession ; et au cours de cette transsubstantiation, le doute devient son principal carburant.   

 Clémentine nous livre ici une cartographie alchimique de sa relation au monde, dont au fil des voyages, elle tracte la substance hallucinatoire vers le visible à partir de ses limbes ombrageuses. C’est dans cet horizon intérieur que se croisent les ectoplasmes inquiétants du passé avec les fantasmagories du présent. Ils laissent augurer pour l’auteure un futur à peine moins tumultueux et convulsif. 

Cette jeune femme sans concession est une amoureuse de l’art qui trace au long cours sur sa peau une géographie de l’intime dont elle nous offre un émouvant aperçu. Clémentine revendique avec sensibilité et force sa féminité, ainsi que sa douloureuse auto possession, car elle a fait de son corps le vaisseau d’une conquête perpétuelle d’elle même, et comme toute conquête, celle-ci ne se fait pas sans heurts et tourments. 

Elle raconte, avec une pudeur toute mesurée et une certaine candeur, une relation chaotique avec ses fragments. C’est une histoire où elle livre ses démêlés avec ses doubles, un segment d’existence à l’arrière-goût de café fort, de nicotine et de bien autre chose...  L’odeur de l’encre et celle ferreuse du sang ne sont jamais très loin. C’est un texte entêtant comme des flagrances charnelles après la jouissance, ou celles d’une terre aride embrassée par l’orage.

Clémentine a fait de sa peau la frontière perméable entre le monde et son âme. Chaque tatouage est dès lors une porte d’accès possible à son être ; voilà ce qu’elle nous révèle à travers la beauté et la générosité de son texte. Son travail a valeur d’exemple et revêt une dimension initiatique pour celles et ceux qui voudraient faire du tatouage une expérience existentielle qui aurait pour eux valeur de sens. Mais c’est aussi un cheminement spirituel original, ouvert à tous ceux qui se demandent s’ils existent vraiment.

Dominique Péreire, docteur en sociologie et créateur de l’incubateur littéraire DYSTOPIC

1 Loos (Adolf), Ornement et crime in Paroles dans le vide (traduit de l’allemand par Cornelius Heim), Paris, Editions Champ libre, 1979, p. 198. 

2 Detrez (Christine), Les usages sociaux du corps in La construction sociale du corps, Paris, Editions du Seuil, 2002, p. 154 et 156.

3 Le Breton (David), Définir le corps dont on parle in La sociologie du corps, Presses Universitaires de France, Paris, 2004, p. 38.

4 Op.Cit., p. 37

# 1 HIVER 2051 de Dominique CAPELA

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